Commentaires basés sur l’histoire de Jean-Pierre Chevillard
Nous nous sommes rencontrés Jean et moi, il y a quelques années au Canada.
Au cours de nos nombreuses discussions, nous avons souvent parlé de ses plus jeunes enfants avec qui il avait perdu tout contact depuis son dernier divorce. J’ai été particulièrement touché par son histoire étant moi-même, fille de parents divorcés.
Grâce à lui et d’autres pères qui se sont confiés à moi, j’ai découvert la souffrance cachée des hommes privés de voir leur enfants. J’ai également mesurer l’importance que chaque partenaire respecte l’autre au regard de l’enfant pour son bon équilibre.
Il est regrettable qu’un parent veuille s’approprier son enfant à lui seul , sans tenir compte de l’importance de l’autre conjoint. Même si en apparence ,l’enfant semble avoir choisi l’un des deux parents au détriment de l’autre, il restera toujours fidèle au parent exclu ou rejeté.
Un enfant est ses parents: son père et sa mère.
Il trouve sa force pour vivre pleinement lorsqu’il est aimé et connecté avec eux et lorsque chacun des parents mariés ou divorcés se respectent mutuellement.
Les critiques qu’il entend ,les conflits dont il est témoin et auxquels malheureusement, il est souvent associé ou pris à partie, lui nuisent terriblement pour se construire.
Un parent aimant et respectueux de son enfant est un parent qui s’abstient de critiquer ouvertement son partenaire et de mêler son enfant à sa relation de couple.
Dans les cas de séparation, j’ai souvent observé que beaucoup d’hommes se résignaient à laisser leur enfant à leur mère . Souvent, ils préfèrent disparaitre plutôt que de souffrir ou d’alimenter des conflits supplémentaires. Ce qui s’apparente à de la lacheté ou un abandon est souvent une réponse masculine face au désespoir, à un sentiment d’impuissance, à un manque d’estime de soi, à la crainte d’alimenter des querelles interminables qui ferait davantage souffrir l’enfant ou tout simplement une capitulation face aux prérogatives bien établies dont jouissent les femmes.
Ayant grandi entourée de femmes divorcées, je connais bien les difficultés que les femmes rencontrent lorsqu’elles élèvent leurs enfants seules. Je ne fais pas ici le procès des femmes divorcés. Comme beaucoup, j’ai cependant longtemps cru que les femmes étaient les principales victimes des hommes. En réalité, il s’avère que les préjudices dans le couple touchent autant les femmes que les hommes.
Sur la question de la violence conjuguale par exemple, une étude canadienne a révélé qu’elle était autant l’initiative des femmes que des hommes. Cependant les hommes abusés psychologiquement ou physiquement se confient plus difficilement par peur d’être ridiculisé. La gravité des abus physiques dont ils sont victimes est certes moins sévères que pour les femmes mais les pressions psychologiques sont toutes aussi destructrices.
Certaines femmes n’attachent aucune importance au rôle du père et les réduisent à la simple fonction de géniteur. Elles s’octroyent sans scrupule, le droit de rompre les contacts que celui-ci devrait être en mesure d’avoir avec ses enfants. Convaincre les jeunes enfants et l’entourage de l’incapacité de l’homme à remplir son rôle de père est alors chose facile.
Le fait qu’une femme avorte sans consulter le père de l’enfant est une pratique courante qui ne choque personne. Pourtant cette décision n’est pas sans conséquence pour chacun des partenaires au regard du travail des constellations familiales. La garde de l’enfant revient la plupart du temps à la mère. Les hommes ne se verraient- ils pas alors forcer de capituler face au règne de la mère toute puissante?
Certes j’en conviens, certains s’en accommodent très bien mais ce n’est pas la majorité des cas comme on pourrait le penser. Les croyances populaires, fondées sur des jugements hâtifs occultent la réelle souffrance de certains pères, dépossèdés de pouvoir voir ou vivre une relation normale avec leurs enfants.
En 1985, Jean se préparait à s’installer au Canada avec sa femme et leurs deux jeunes enfants, Emmanuel 6 ans et Angeline 10 ans. Malheureusement sa femme après avoir laissé Jean faire toutes les démarches pour s’installer au Canada, lui annonça qu’elle voulait divorcer et rester vivre en France. Dès qu’il signa les papiers du divorce, Jean ne revit plus ses enfants. Les pleurs de sa petite fille Angeline à l’annonce de leur divorce reste un souvenir douloureux et indélibile dans la mémoire de Jean.
Pendant des années, il a fait de nombreuses tentatives pour retrouver ses enfants sans succès. En 2000, grâce à l’aide de quelques amis, il a trouvé l’adresse de son fils et a aussitot pris un avion pour la France pour aller à sa rencontre. Son fils a tout d’abord refusé de le voir. Puis 4 ans plus tard, ils ont pu finalement se rencontrer. Mais des années de séparation ne s’effacent pas en un jour. Son fils est resté le coeur fermé.
Cependant Jean est reparti au Canada un peu plus serein. Ses enfants, maintenant jeunes adultes avaient désormais le choix de s’ouvrir à l’amour de leur père ou de continuer de le renier.
L’amour de Jean pour ses enfants ne fait aucun doute aux yeux de tous ceux qui le cotoyent. Emmanuel et Angeline auront peut-être un jour la chance de découvrir l’homme qu’il est vraiment.
Malgré son âge (77ans), Jean Chevillard a restauré lui même de fond en combles une habitation délabrée pour en faire une coquette maison. D’où lui vient sa force?
Ne viendrait- elle pas de son désir profond de reconstruire ce qui a été détruit ? Reconstruire malgré les épreuves du temps. Il l’a prouvé en faisant revivre cette maison.
Comme bien des enfants divorcés, j’ai moi même été influencé parce que j’entendais dire au sujet de mon père. Mais un jour, j’ai décidé de voir les choses autrement. J’ai décidé d’aimer au-delà de mes attentes et de mes jugements à son sujet. Après tout, je n’avais qu’un seul père: c’était celui là.
Lorsque j’ai osé reconnaitre mon amour pour mon père, j’ai retrouvé une partie de moi-même. Je me suis enfin sentie en paix avec la vie. J’ai demandé à ma mère de garder pour elle ses critiques au sujet de mon père. Elles lui appartenaient.
Mon père comme tous les pères a ses qualités et ses défauts. Il n’a pas toujours fait ou dit ce que j’aurai voulu mais c’est mon père, la moitié de moi-même. Comment aurais je pu vivre ma vie …à moitié ?
J’ai choisi de l’aimer et ma vie s’est transformée.
Que le couple soit ensemble ou séparé , chaque parent est responsable de l’image qu’il projette de son conjoint ou ex-conjoint sur l’enfant et des conséquences que cela engendre.
Un enfant devrait se sentir aimer par chacun de ses parents sans que personne n’interfère.
Mieux encore il devrait sentir que chacun d’entre eux aime et respecte à travers lui son ex-conjoint puisqu’il est le fruit de leur union.
Entretenir une image négative d’un des parents et l’a projetée sur l’enfant a des effets dévasteurs dont il souffrira toute sa vie.
Reconnaitre et donner la juste place du père et de la mère, faire preuve de respect mutuel entre partenaire est un acte d’amour et de respect pour l’enfant, gage de son épanouissement.
Rien ne peut détruire les liens qui unissent un enfant à ses parents ni la distance, ni la mort.
Faire l’amour est par conséquent un acte religieux (religieux: religare, relier) puisque par lui nous transmettons la vie et sommes relié les uns aux autres. Nos parents, nos grand-parents, nos ancêtres sont les racines qui nous relient au flot de la vie et par lesquelles nous grandissons.
Un arbre ne peut s’épanouir coupé de ses racines. Se couper de ceux qui nous ont donné la vie, c’est se couper de la vie.
Il arrive un temps où ce sont aux enfants d’aller vers leur parent et de les aimer tel qu’ils sont.
Jean a perdu son père à l’âge de 14 ans. Il a eu 2 fils d’un premier mariage puis Emmanuel et Angeline avec une autre femme.
Jean pourrait faire une constellation pour découvrir ce qui empêche la réconciliation entre son ex- épouses et ses enfants.
Chaque fois que nous avons une relation sexuelle existe la possibilité de faire un enfant. La sexualité est un acte sacré car par elle nous donnons la vie. Le divorce ne nous libère pas de notre responsabilité parental et du droit de l’ enfant de reçevoir l’amour de son père et de sa mère.
Le divorce ne nous empêche pas d’aimer.
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